Bienvenue aux mauvaises mères
Et aux autres....
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Les calendriers de l’avent sont commencés. Deux calendriers identiques avec leur nom dessus pour préserver leur individualisme sans attiser leur jalousie.
Chaque case ouverte les rapproche du nirvana et plonge la mauvaise mère dans des comptes d’apothicaire : est-ce que la mappemonde de S. sera équivalente au DVD de P., combien de voitures pour P. pour un télescope à S. ? Et elle tient ses comptes à jour dans un Excel pour ne faire aucune erreur.
La mauvaise est obnubilée par la jalousie.
La mauvaise mère a eu ses enfants pour des raisons différentes, à des moments différents, avec une envie différente, mais elle les aime tous les trois autant. Même si le don de son ainé pour le dessin l’émeut au plus au point, même si la ressemblance physique frappante de son second la perturbe, même si elle savoure tous les gazouillis de son dernier parce que c’est le dernier, elle n’arrive à en préférer aucun.
Il faut dire que la mauvaise mère vient d’une famille de psychopathes.
Les frères et sœurs de la mauvaise mère, à plus de cinquante ans, en sont encore à envier son calendrier de l’avent et surtout à croire que si leur calendrier à eux n’est pas aussi bien, c’est de sa faute, s’ils n’en ont pas, c’est à elle de l’acheter. Ils s’entre-déchirent et la déchirent.
Entre celle qui fait un cancer de la rate au court bouillon ou une Turlute Suédoise (Une TS, quoi) dès qu’on lui fait le moindre reproche, qui lui en voulait d’être la chouchoute de sa maman et qui la soupçonne maintenant d’être la chouchoute de ses enfants ; celui qui estime que sous prétexte qu’elle a les moyens de s’acheter des jouets, elle peut bien lui en acheter à lui, parce que lui, tout le monde lui en veut, même Luc Besson et celui qui a abandonné sa fille pour faire fortune (en vain) et qui essaie de trouver des coupables vivants à son malheur, elle n’est pas gâtée, la mauvaise mère.
Mais, la mauvaise mère croit en la magie de Noel, en l’amour de la famille et elle a toujours tout supporté pour tenter de garder un semblant de famille pour avoir l’impression d’être normale.
Mais la mauvaise mère n’est pas normale, il faut qu’elle l’accepte. Ses frères et sœurs sont des attardés du cœur, comme il existe des attardés mentaux. Et à force de se justifier, elle régresse la mauvaise mère.
Mais, bien que mauvaise, la mauvais mère est une mère maintenant et quand elle voit ses enfants se chamailler pour un morceau de jouet, ben elle confisque et cette année, c’est décidé, à voir ses frères et sœurs se chamailler et la chamailler et ben, ils ont gagné ! Voila, Noel, c’est même pas la peine d’y penser, c’est confisqué. Et là, comme ce ne sont pas ses enfants et qu’elle n’a pas à leur apprendre la politesse, elle ajoute : « Allez vous faire foutre », comme ça, gratuitement, juste pour se soulager.
Sa sœur pourra faire toutes les TS qu’elle veut et lui faire porter le chapeau pour que ses enfants la détestent, elle s’en bat les couilles, la mauvaise mère !
Son frère pourra jouer les calimeros, lui dire « maman serait tellement triste », la larme à l’œil, elle s’en tamponne.
Son autre frère pourra se targuer de ses nouveaux rapports avec sa fille pour lui confisquer cette nièce espérée, ça lui passe au-dessus de la tête, à la mauvaise mère.
Bon, dans le fond elle est triste, la mauvaise mère et son cœur de mauvaise mère saigne à l’idée que ses trois petits gars, ses merveilles, ces êtres qu’elle n’arrive pas à départager, se déchirent ainsi un jour.
Elle trouve ça idiot que son fils ainé ne connaisse pas ce tonton auquel il ressemble tant physiquement. Voir que sa sœur n’a strictement aucun intérêt pour ses enfants et n’a jamais eu la moindre envie de partager un moment de leur vie, l’attriste. Elle a de la peine quand son petit garçon raconte un truc à son tonton qui lui répond « tais-toi, je parle ».
Mais bon, ce n’est pas le tout d’être orpheline, encore faut-il avoir la chance d’être fille unique.
Ce n’est qu’un épisode douloureux de plus à raconter à ses enfants dans ce mauvais roman de gare qu’est la vie de la mauvaise mère.
« Le papa de maman est mort, mon chéri »
« La maman de maman ? Elle est morte aussi, mon chéri »
« Et les frères et sœurs de maman ? »
« Ben, les frères et sœurs de maman, mon chéri, ils sont cons… »
C’est déjà mieux que morts, me direz-vous, y’a peut-être un peu d’espoir…
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