Bienvenue aux mauvaises mères
Et aux autres....
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Quand j’attendais mon troisième enfant, j’avais peur de ne pas l’aimer, parce que j’avais perdu un enfant avant lui, parce que j’allais avoir une césarienne qui m’empêcherait de le voir naître, de passer ses deux premières heures avec lui, de lui donner son premier bain, ses premiers soins. Et puis, il est né et je l’aime, mais j’aime à travers lui mon enfant perdu et tous les enfants que je n’aurais plus, puisqu’à 40 ans, après trois enfants, je suis censée ne plus en avoir.
C’est horrible car je pense à l’amour de ma mère pour moi, sa petite dernière. Je crois qu’elle m’a plus aimé que les autres, mes frères et sœurs l’ont bien senti, mais je percevais, moi, que cet amour ne m’était pas adressé. Je comprends maintenant qu’elle aimait à travers mois ceux qu’elle n’a jamais eu, ses enfants avortés et ceux bouffés par sa ménopause…
Un dernier enfant est un deuil, deuil de ceux qu’on n’aura plus jamais. Et on le savoure comme on doit savourer ses derniers instants. C’est la cigarette du condamné à mort.
Je ne sais pas pourquoi j’ai voulu un enfant, et à fortiori pourquoi j’en ai voulu plusieurs. Par amour, surement. Mais quel amour ?
Celui que je peux donner ? Je ne pense sincèrement pas qu’on puisse être aussi altruiste que ça et surtout, je trouve ça présomptueux d’imaginer qu’un ovule et un spermatozoïde puisse espérer cet amour-là.
Celui que je peux recevoir me semble plus juste mais la maternité est faite d’ingratitude et on sent bien que le petit être qu’on vient de mettre au monde ne demande qu’à s’échapper, donc ça ne m’explique pas pourquoi j’ai continué à vouloir des enfants après mon premier.
Pourtant, le fait est que je continue à vouloir des enfants, même si ce n’est pas raisonnable, même si je sens bien que je ne pourrais pas en assumer plus. Et je me délecte des regards de mon petit dernier car je sais que plus jamais un bébé ne me regardera comme ça.
En fait, je crois que ce que j’aime dans le fait de donner la vie, c’est justement donner la vie, apporter la lumière, créer. C’est tout un art en fait et je savoure mon dernier succès jusqu’à la lie parce que demain je serais une has been. C’est étrange de saboter ainsi une carrière de créateur et de sacrifier tous ces enfants qui ne demandent qu’à naitre, sacrifier ma fille, mon Iphigénie sur l’autel de la raison.
Et transformer mon petit dernier en Oreste, au risque de l’étouffer et de le rendre fou.| Novembre 2009 | ||||||||||
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