Bienvenue aux mauvaises mères
Et aux autres....
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J'ai épousé Ulysse. Ou Agamemnon, ou Bernard Tapie, enfin un de ces types qui sentent leurs couilles gonflées parce qu'ils se sont
trouvés un but, un Graal, une entreprise. Et lui, il pense avoir épousé ma sorcière bien-aimée ou une connasse comme Pénélope qui tisse et détisse sa toile en attendant le retour du guerrier et
qui l'accueille les bras ouverts quand il ramène un gros contrat.
Ou peut-être que mes origines lui font imaginer que je suis une odalisque maure qui attend langoureusement étendue sur un canapé.
Ou peut-être encore une blanche-neige qui chante en faisant son ménage, au milieu des petits oiseaux et des écureuils et qui torchent ses nains avec félicité...
En fait, non, je crois qu'il n'imagine rien du tout et c'est peut-être pire encore.
Il paraît que l'angoisse de la séparation du bébé de 8 mois est due au fait qu'il croit que ses parents disparaissent lorsqu'ils ferment la porte. Ils n'ont aucune vision du monde sans eux et c'est ce qui les terrorisent.
Ben voilà ! Mon Ulysse en est resté à ce stade.
Enfin, non, lui n'est plus terrorisé maintenant, il s'en branle. Dès qu'il a fermé la porte, ce qui est derrière n'existe plus.
Mais, pire encore, quand il est si stressé par autant de boulot (parce qu'il est clair que moi, je m'amuse à gérer trois gamins, une maison de 140 m2 et tutti quanti et quand je bossais c'était kif-kif), ben il se branle aussi de ce qui est juste devant lui.
Je pars avec les deux ainés, je lui laisse le bébé, je lui dis: « donne-lui sa ventoline » ou « surtout ne lui donne pas de biberon s'il pleure car maintenant, il mange des purées » et je rentre, je demande s'il lui a filé son medoc: « Oui, oui, je lui ai donné la becotide. Ah non, tu m'avais dit becotide, pas ventoline ». Je vais pour lui donner sa purée: « ben, pourquoi tu lui prépares à manger? Il vient de prendre un biberon. ».
Moi, je passe ma vie à faire quinze trucs en même temps, mais lui, non, ça lui est impossible de garder un bébé de 6 mois et de penser simultanément.
Mais il est tellement stressé, je ne peux pas comprendre ce que c'est, moi, de gérer autant de boulot avec autant de gros sous à la clef. C'est vrai, moi, je suis juste responsable de trois vies, c'est rien à coté des gros sous.
Et puis, lui, il est en train de réussir donc il faut le soutenir, encore et toujours. Applaudir quand il ramène un contrat, pleurer avec lui quand il en perd un.
Oh! Bien sur, ça aurait pu être moi à sa place. C'est juste parce que lui s'est engagé dans son boulot comme on s'engage à l'armée, alors que moi, je ne me suis engagée dans rien. Il ne faut pas que j'ai honte de ne pas avoir un tel engagement, il y a des gens qui ont la foi et le courage et pas d'autres. Et moi, par un malheureux hasard, je ne l'ai pas ça, parce que par un malheureux hasard, on a fait des enfants et que, par ce même malheureux hasard, je me suis dit que ça serait bien de les voir plus de dix minutes par jour. Encore par ce même malheureux hasard, il faut les nourrir, laver leur linge et tutti quanti donc, si par un heureux hasard, je trouvais la même foi et le même courage que mon héros, ben y'aurait plus personne pour faire tout ça...
Mais bon, je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais rêvé d'être une femme au foyer admirative de son mari.
Je suis loin d'être conne, je le sais. Et je suis loin d'être modeste, je le sais aussi. Je ne peux pas continuer ma vie en restant dans l'ombre du héros, et je ne veux surtout pas sacrifier ma vie à ce héros sans en tirer le moindre laurier. J'ai besoin de ma part de gloire, moi aussi, mais pour moi, il va falloir bosser deux fois plus car je sais que j'ai des enfants et je ne les oublient jamais, même s'il y a quinze portes fermées entre eux et moi.
Et puis, je vais bientôt avoir 50 ans moins 9 ans. Oh... C'est sur, ce n'est pas vieux, 41 ans, on est ENCORE jeune à 41 ans, mais, dans un an et cent jours, j'aurais dépassé, statistiquement, la moitié de ma vie. C'est à dire que tout ce qui se trouve devant moi, statistiquement, sera forcement moins important que ce qu'il y a derrière. Et je n'ai pas envie de ça. Je n'ai pas envie d'avoir 50 ans et d'être ENCORE une belle femme, je n'ai pas envie d'avoir 60 et d'avoir ENCORE une bonne mémoire pour mon age. Et donc, je veux que mes 9 dernières années de ce que j'ai du mal à appeler jeunesse, soit glorieuses. Je veux être belle, reconnue, baisée, désirée. Et je ne veux surtout pas gâcher ces années en tissant mon propre linceul dans l'attente du retour du héros...
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